De cape et de crocs by Poulpy

De Cape et De Crocs

d’Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou

…est une BD que j’adore !

Un texte rempli de coups de théâtre, avec des atours de jeux de rôles et des rebondissements comiques.

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Saupoudré par un peu de romance, et un set de décors totalement chaotiques, que ce soit dans leur contenance comme dans la façon qu’ont les héros d’y accéder. Il est aussi très cliché, je dirais même caricatural sans être grossier. Les vers, les proses déployées sont tout aussi recherchés que le graphisme, stylisés à un point encore inégalé. Vous hésitez ? Après ça, si l’amateur de cape et d’épée ou de commedia dell’arte n’est pas exacerbé, c’est que je me suis planté !

Petit un : ne cherchez pas un sens dans cette comédie. Mon avis est que si les héros ne sont autres qu’un loup et un renard, c’est pour amplifier une nouvelle fois la teneur des jeux de mots épissés. Les références ainsi que les coups d’éclat vous feront perdre toute contenance en moins de temps pour le dire. Certaines blagues sont mémorables, d’autres cultes. Pas un détail n’est laissé à l’écart, pas une seule lenteur ni une seule précipitation ne sont à déplorer. Le rythme de l’œuvre, quoique chaotique, garde toujours une certaine logique et n’hésite pas à mêler plusieurs sketchs en un seul. Nous sentons d’une part le plaisir de l’écriture resurgir dans les bulles, et celui du dessin dans les mimiques.

De l’aventure, il n’y a que cela, et, si la lecture peut paraître difficile à un néophyte du genre, je peux vous rassurer grâce à mon expérience : je l’étais et cela m’a éveillé à ne plus l’être. Une certaine simplicité est à signaler afin de rendre le tout plus fluide, s’il s’agissait d’un roman, voir d’une pièce, cet effort n’aurait pas été permis. Je me dois de vous parler de ce que je considère comme la meilleure BD franco-belge jamais écrite, car, même si elle s’est clôturée il y a deux ans, j’ai appris que les auteurs ont en projet, une suite ! Ou plutôt un prélude avec les aventures inédites de mon personnage adoré, le lapin Eusebe.

Qu’est-ce que De Cape et De Crocs ?

Cette série en 12 volumes écrite par Alain Ayroles, dessinée par Jean-Luc Masbou, a souvent reçu les éloges de mes confrères critiques, mais cela ne m’empêchera pas de retartiner cette succulente brioche. Je vais vous fournir présentation, critique et liens en commençant par vous signaler ce site, officiel, qu’une large communauté se fait un devoir d’amplifier :

http://www.decape.askell.com

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Iotarcique est mon style ici je supplicie
Piteuse au pilori l’orale impéritie
Ma faconde est sans faille elle a noyé ton flot
Sur ton chant sans éclat claque
un bec qui se clot

Dans l’Europe du XVIIe siècle, deux gentilshommes unis par une amitié indéfectible, Don Lope de Villalobos y Sangrin, loup espagnol téméraire et impulsif, et Armand Raynal de Maupertuis, renard français poète gascon, se lancent dans une aventure épique en quête du trésor des îles Tangerines. Durant leur périple, qui les mènera aux confins du monde, et même au-delà, ils rencontreront leurs compagnons d’aventure :

– Eusèbe, lapin naïf mais rusé,

– Le Raïs Kader, qui cache sous des airs bourrus une personnalité généreuse,

– Hermine, amoureuse de Don Lope, lequel cache un sentiment réciproque,

– Séléné, enfant adoptée, qui vit une idylle avec Armand,

– Bombastus, savant allemand aussi cultivé qu’agaçant.

Outre cette troupe hétéroclite, ils rencontreront également, sans pour autant faire toujours route avec eux, le frère de Séléné, Andreo, son valet, Plaisant, une troupe de pirates sans scrupules, au capitaine ambitieux de quitter sa condition pour la noblesse, et d’autres personnages plus ou moins méchants. -cf : Wikipedia

Chaque case développe une histoire, à suivre parallèlement. Une petite blague qui suffit à amuser le lecteur durant un dialogue ou une course poursuite burlesque (des pirates coursent un renard et un turc sur un âne. Ils se sont emparés d’une bouteille contenant une carte au trésor, le loup et le lapin, dans le fauteuil d’un papi sans jambe, cherchent à secourir une bohémienne enlevée par un gentilhomme dans une chaise à porteurs, que tente de rejoindre un valet, tandis qu’une procession envahie la ville et que le méchant capitan dépêche la garde à leur rencontre…). Chaque scène se suit, dans un wdf le plus complet :

Dans le tome un, nos deux héros embarquent à bord d’une chébèque à cause d’un scrupuleux personnage, et trouvent à tout hasard une carte au trésor, ainsi que, au passage, l’amour de deux femmes. Cet employeur les mènera dans un tas de galères, au premier sens du terme où ils connaîtrons malgré eux le méchant capitaine Mendoza, le lapin Eusebe, les Turcs, encore, puis les pirates du tome deux, qui les ferons reprendre la mer, « trouver » l’emplacement de l’Atlantide, le Hollandais volant, un gentil poulpe. Tout cela pour enfin lettre le cap sur une île mystérieuse. Il se passe des choses en un seul tome !

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Capitan ! Capitan ! On a aperçu le Loup !

Il a pris d’assaut une chaise à porteurs,

à l’aide d’un cul-de-jatte et d’un lapin !

Lorsque l’on n’hésite pas à faire interagir des personnages dans un monde où tout peut arriver, où les bateaux sont tirés par des poulpes et qu’il y pousse des arbres à fromage, toutes sortes d’inspirations peuvent s’y mêler. Ainsi, les citations du Renard, de Cyrano, de Molière ou de Rabelais ne sont pas cachées, au contraire, il y a de l’instruction parmi ce capharnaüm ! Mais comment, en quelque trait, en quelques phrases, arrive-t-on à rendre un tel univers si vivant ? Je me suis penché pour vous sur la provenance des génies créateurs du fier De Cape et De Crocs :

Alain Ayroles est né en 1968 dans le Lot. Passionné par le dessin et le récit, il intègre en 1986 la section bande dessinée des Beaux-Arts d’Angoulême. Mais c’est surtout autour des tables de jeux de rôles – que les étudiants fréquentent plus assidûment que les cours – qu’il va parfaire ses talents de conteur. C’est d’ailleurs d’un univers de jeu qu’il a créé à cette époque que naîtront les bandes dessinées Garulfo et De cape et de crocs. Par la suite, il travaille pour différentes séries de dessin animé, participe en tant que scénariste et dessinateur à des revues de bande dessinée, ainsi qu’au premier tome des Enfants du Nil, un collectif publié aux Éditions Delcourt en 1991. Chez le même éditeur, il scénarise Garulfo, dessiné par Bruno Maïorana, bondissant conte de fées satirique, et De cape et de crocs, avec Jean-Luc Masbou, relecture animalière des classiques de la littérature et du théâtre du XVIIe siècle. Dans ces deux séries à succès, le style d’Alain Ayroles se caractérise par une grande érudition, un sens aigu du dialogue, et une volonté de retourner aux sources des grands récits qui ont façonné la culture européenne. Des mythes qu’il s’amuse à pervertir respectueusement. C’est ce talent d’écriture et son sens de l’humour qui l’ont imposé comme le traducteur de Bone, la saga culte de Jeff Smith. Toujours fidèle aux éditions Delcourt, il publie en 2008, avec le dessinateur Luigi Critone, un des titres de la série « 7 »: Sept Missionnaires, ayant pour cadre l’Irlande au temps des Vikings et débute une nouvelle série sur les vampires victoriens prénommée D.

Jean-Luc Masbou est né en 1963 à Figeac, dans le Lot. Très vite, il découvre sa vocation : il sera auteur de bande dessinée. Élève peu assidu au collège, il débute en BEP d’électromécanicien avant de s’inscrire aux Beaux-Arts de Pau puis d’Angoulême. Passionné d’heroic fantasy, il souhaite raconter ses propres histoires. Il s’oriente donc vers la bande dessinée et publie ses premières pages dans Les Enfants du Nil. Il se dirige par la suite vers le dessin animé. Désirant néanmoins persévérer dans la bande dessinée, il décide de s’associer à Alain Ayroles, son ami, rencontré aux Beaux-Arts, pour réaliser De Cape et de Crocs, une série située dans l’univers de Contes et Racontars, le jeu de rôles qu’ils ont créé ensemble. Avec L’Ombre de l’échafaud, son premier scénario en trois tomes dessiné par Cerqueira, Jean-Luc nous emmenait dans le Paris de 1907, et dans sa nouvelle série à paraître en janvier 2008, Empire Céleste dessiné par Minh Tanh, il nous invite à parcourir la Chine du Xe siècle. -cf : Delcourt

Deux adaptations théâtrales de la série ont vu le jour. L’impromptu Le médecin imaginaire distribué avec le tome 4 a été adapté en 2002 et joué régulièrement, notamment par la « compagnie des Mille chandelles » en 2011. Une autre troupe, la « compagnie des Masques », a adapté l’univers de la série dans deux pièces, Le trésor des îles Tangerines et De Capes et de Crocs, l’Expérience5. -cf : Wikipedia

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Oui ! Un lapin !

Le plus terrible porte-malheur qu’un navire puisse embarquer !

Je l’ai vu dans la cambuse, avidement penché sur une botte de carottes !

Livide tel un spectre, il rôde dans nos coursives !

N’entendez-vous pas son couinement démoniaque ?

Ô funeste augure qui fait de ce vaisseau une épave en sursis !
Un fétu dérisoire jeté sur l’insondable abîme !

Peuplé d’agonisants que l’océan réclame !

Le site decape.askell.com possède déjà son guide de lecture, il aurait été trop tentant d’en refaire un ! Je vous conseille de le visionner pour plus de clarté et de rigolades. Mais il n’y a pas que cette référence sur le Net, je vous en ai répertorié :

Succès amplement mérité pour une œuvre chatoyante, qui mêle virtuosité narrative, souci du détail, finesse d’écriture et fantaisie humaniste. Dessin et mise en couleur de Jean-Luc Masbou en font un objet d’émerveillement constant pour l’oeil. Mais plus encore, le souffle de l’épopée, la folie baroque du 17ème siècle, les mythologies les plus étranges donnent à De Cape de de Crocs un ton, y créent une ambiance unique et jubilatoire. Univers référentiel s’il en est, mais toujours cohérent, construit sur un imaginaire collectif fait de duels, de panache, de batailles navales, d’animaux parlants… nerial.free.fr/artelio

Quel plaisir, quel festin ! Les références scénaristiques se télescopent et ces classiques qui nous ont tant ennuyés durant nos interminables cours de français, se métamorphosent sous la plume alerte d’Alain Ayroles en un resplendissant hommage au patrimoine culturel français qui se bouscule au sein d’un incroyable feu d’artifice. -Benvoila sur bedetheque.com

Le succès de la série est ô combien mérité. D’abord parce que De Cape et de crocs a apporté un vent de fraîcheur dans la BD de l’époque, sous la houlette d’un jeune éditeur débutant, un certain Guy Delcourt. Faire le pari de revisiter Molière à la sauce animalière pour séduire un public avide de super-héros et d’Heroic Fantasy, il fallait oser. Pari réussi, tant les personnages se sont révélés attachants dès le premier tome, tant le scénariste Alain Ayroles a pris l’humour au sérieux, et le dessinateur Jean-Luc Masbou capable de nous faire accepter grâce à son style les rencontres les plus improbables.huffingtonpost.fr

Mais Ayroles ne joue pas que sur le clin d’oeil culturel, il accumule les scènes burlesques, les dialogues percutants et les personnages secondaires hilarants, comme l’inénarrable lapin Eusébio ou le capitaine pirate Booney sur l‘épaule duquel est juchée une poule qu’il prend pour un perroquet.du9.org

Ils évoluent au milieu d’animaux et d’humains « normaux » créant ainsi une réjouissante absurdité et installant un climat burlesque. Ajouté au foisonnement du dessin, tout cela confine au « nonsense » !!! Et fort logiquement, cette bande dessinée qui est une véritable déclaration d’amour au théâtre classique est incarnée au fil des ans sur les planches – en bois, celles-là – par plusieurs troupes adaptant l’univers d’Ayroles et Masbou ou jouant Le Médecin Imaginaire, Impromptu en un acte et en vers écrit par Alain Ayroles. De Cape et de Crocs ?actualitte.com

Des personnages forts en gueule, une intrigue touffue, des illustrations fourmillantesblog.slate.fr ; yspaddaden.com ; babelio.com : littexpress.over-blog.net un guide de lecture ; site de références, et quelques infos sur croiseedesmondes.fr (des interviews sont trouvables facilement)…

04_planche« Quand le vaisseau cherra, tirez sur la bobinette. »

Entre le tome un de 92 et le tome dix de 2012, beaucoup d’épisodes se sont écoulés. Les anecdotes se répercutent plus loin, preuves d’une grande réflexion de la part d’Alain Ayroles et même si le style de Jean-Luc Masbou s’est modernisé, les spécialités restent. La conclusion, en une dernière critique de la société, baisse le rideau sur un monde plus idéal, et maintenant que tout est terminé, je ne saurais trop vous conseiller de lire les aventures de Garulfo, d’un autre registre, mais tout aussi génial :

L’histoire de Garulfo pastiche les grandes lignes de différents contes traditionnels pour donner une vision humoristique, mais non dénuée de réalisme, de la société humaine à travers les yeux naïfs d’une grenouille. Elle peut être partagée en deux cycles : le premier cycle raconte la façon dont Garulfo, une grenouille lassée de sa condition et admirative de l’espèce humaine, devient un prince charmant et découvre naïvement la cruauté des Hommes avant de préférer finalement redevenir un amphibien ; le second cycle est basé sur la coopération forcée entre le naïf Garulfo et Romuald, un prince colérique et vaniteux devenu une grenouille pour apprendre l’humilité, afin que Romuald embrasse une princesse et que les deux êtres retrouvent leurs corps respectifs.

La série comporte un certain nombre de clins d’œil, de références à des contes de fées, les dessins fourmillent de détails à découvrir. Les trois royaumes, représentant trois périodes, du bas Moyen Âge à la Renaissance, sont assez bien documentés (bien que restant dans le domaine du fantastique). -cf : Wikipedia

 

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