Interview de Barbara Cordier (Editions Luciférines)

Barbara Cordier, responsable des éditions Luciférines, cette toute nouvelle maison d’édition ayant sortie trois livres que vous avez peut-être déjà parcouru chez notre partenaire Ciel Rouge – il s’agit d’une culture de l’ombre, À la rencontre des gothiques de Chris Vilhelm (qui nous avait décrit son livre lors d’une interview et d’une conférence lors du Bloody Week­End, cette année) et de Guillaume Hantz ; Nouvelles Peaux, une anthologie dédiée au grand Edgar Allan Poe dont certains auteurs (Jean­Pierre Favard et Pierre Brulhet) ont eu la patience de répondre à nos questions lors de rencontres amicales et de salons avec les éditions de la Clef d’Argent, sa critique très méliorative par Monsieur Nain est disponible par chez nous ; et enfin, le tout dernier recueil Sténopé de Julien Roturier, nouvellement chroniqué par votre tavernier en personne ! – à eu la gentillesse de nous faire découvrir les coulisses des éditions Luciférines, notre nouveau partenaire. (introduction by Poulpy)

Qu’est-ce qui vous a poussé vers le monde de l’édition ?

L’amour de l’écriture et de la lecture pour commencer. Les professions de l’édition m’attiraient déjà beaucoup à l’adolescence et j’ai donc dirigé mes études dans ce sens. Je ne pensais pas forcément créer une maison d’édition, mais les choses se sont mises en place d’elles-mêmes pendant ma dernière année de master. Un de mes projets d’année consistait à imaginer un concept éditorial. Le travail m’a plu, j’ai rencontré des auteurs et illustrateurs motivés, et j’ai eu envie de mener l’expérience jusqu’au bout.

2- Comment procédez-vous pour publier un livre ? Disons le processus.

Sur les trois titres publiés, les trois processus ont été différents. « A la rencontre des gothiques » est un ouvrage dont j’ai eu l’idée. Il a ensuite fallu trouver des personnes capables de se prêter à l’exercice. J’ai donc expliqué précisément à Guillaume et Chris ce que j’attendais d’eux, et nous avons imaginé tous les trois la structure de l’ouvrage, de sorte à ce que les auteurs puissent s’exprimer sur des thèmes plus personnels, ou auxquels ils accordaient plus d’importance que moi. Pour les anthologies, je lance un appel à texte, puis la sélection se fait avec l’aide d’un comité de lecture composé de deux personnes. Actuellement, nous sommes en pleine lecture des nouvelles reçues pour l’anthologie dédiée aux maisons hantées et prévue ce printemps. Depuis un an, je reçois également des manuscrits. Je les lis seule, mais si l’un d’eux retient mon attention, je demande l’avis d’une personne extérieure avant de prendre une décision.

3- Comment décririez-vous le monde de l’Edition d’aujourd’hui ? Plutôt basé sur les auteurs ou sur la rentabilité ?

C’est un monde qui marche à deux vitesses. Chez les gros éditeurs, la rentabilité prime forcément et l’on sait que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous chez les titres les plus mis en avant. Depuis que je suis dans ce milieu j’observe ce qui fonctionne le mieux et j’avoue que c’est parfois aussi déprimant qu’incompréhensible. Les petits éditeurs s’intéressent davantage à la qualité de plume d’un auteur, et peuvent plus facilement se permettre de suivre leurs goûts, miser sur un sujet qui n’aura pas – à priori – un gros retentissement commercial. Je découvre depuis que je participe régulièrement à des salons des petits projets vraiment très enthousiasmants.

Maintenant, pour survivre face à tous les concepts qui naissent chaque année et avoir une chance de se développer, il me semble que penser à la rentabilité est important. Je pense que le meilleur compromis est d’avoir des titres de qualités ouverts à un public assez large et, profiter de leur succès pour s’autoriser des publications dont l’impact sera plus faible, ne pas se contenter de viser la « niche » restreinte qui nous plaît. Il y a certaines grandes idées que l’on doit revoir à la baisse pour avancer.

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4- On voit que le genre auquel vous adhérez est le fantastique et l’horreur. Arrivez-vous à avoir un approvisionnement constant en texte ou faites-vous des appels à textes ?

Comme expliqué juste avant, toutes les méthodes sont pratiquées, l’appel à textes pour les anthologies, la prise de contact directe pour des titres plus « conceptuels » et, en ce qui concerne les recueils de nouvelles et romans, je puise dans les envois spontanés.

5- Pensez-vous ouvrir une section à d’autres styles littéraires comme la SF et l’héroic fantasy ?

Les éditions sont ouvertes à tous les genres, la seule véritable règle étant de proposer des textes subversifs et inquiétants. L’horreur est bien entendue mise en avant, mais elle peut très bien s’écrire dans un contexte SF ou fantasy. Les éditions publieront d’ailleurs leur premier roman en 2015 qui fera un croisement entre thriller et anticipation, un bon moyen de montrer que nous n’avons pas l’intention de nous limiter au fantastique.

6- Après les recueils de « Nouvelles Peaux » et « Sténopé », avez-vous d’autres projets pour une prochaine sortie ?

La deuxième anthologie paraîtra en avril et nous avons déjà le sujet de la troisième. Nous publierons aussi un roman que je qualifierais plus spécifiquement de thriller cannibaliste et un autre livre « concept » verra peut-être le jour aussi. Les projets ne manquent pas, j’espère monter le nombre de publications à trois pour 2015 et avoir aussi l’occasion de proposer des traductions dans un futur proche.

7- Pensez-vous que les livres numériques sont voués à surpasser les livres papiers et entrainer une métamorphose du système d’édition ?

La métamorphose est en marche, c’est certain. Le numérique est assez pratique par bien des aspects, en particulier pour les gros lecteurs qui manquent de place et les livres non édités, non-traduits, que l’on doit se procurer dans l’urgence etc. Pour autant, je pense que nous sommes encore loin d’un remplacement total. J’ai fait l’essai de proposer Nouvelles Peaux à petit prix en format numérique, et la version papier continue d’être préférée. Les gens ont encore besoin d’avoir le sentiment concret d’acheter quelque chose, ils sont souvent très attentifs à l’apparence des couvertures et les auteurs aiment la garantie d’avoir vraiment réalisé un objet qu’ils pourront montrer. D’un autre côté, les salons du livre remportent toujours un beau succès, et je pense que ce serait bien plus triste si les stands n’avaient que des tablettes à présenter.

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