Murmure de soupirail by Poulpy

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Murmure de soupirail

nouvelles du vide et de l’oubli

par Patrice Dupuis

 

Nouveau recueil de la Clef d’Argent

Une oeuvre dédiée entre autres à Primo Levi, 1919-1987, écrivain italien, chimiste et poète, auteur de nombreux livres dont certain influencés par sa vie à Auschwitz.

Patrice Dupuis est un auteur assez discret, et doté d’une très grande culture qui n’est pas facile à suivre pour le jeune poulpe que je suis. De plus, débutant dans le style mes limites risquent fort de se voir. Enfin, tout encouragement est le bienvenu! Pour ce livre composé de vraies longues nouvelles, et non de courte comme certaines des dernières de la Clef, changeons nous aussi le style de texte :

Déracinement, enfermement, création, exil (intérieur ou non) pourraient être les mots clefs de ces nouvelles. Mais ce qui caractérise peut-être le mieux les personnages — outre le fait qu’ils vivent dans un monde qu’ils tiennent à distance, parfois malgré eux — c’est une certaine forme d’incommunicabilité: ils gardent souvent le silence, et quand ils se parlent, ils donnent l’impression de ne pas se comprendre. Ou bien de se mentir.

La couverture, comme toutes celles des autres recueils sortis ici, est de l’auteur, sans comporter cette fois l’une de ses statuettes. Comme le dit si bien notre ami des embuscades d’Alcapone, elle est à l’image de ses personnages, discrète. Ses livres de la Clef :

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Sa maison d’édition : http://clefargent.free.fr/dupuis.php

Prologue : Le papillon de papier

Ce premier prologue est constitué de deux pages d’un conte chinois assez poétique. Il nous dit avoir été évoqué par Marcel Arland, un auteur et critique qui dirigea pendant un temps la revue NRF. Elle ouvre sur une nouvelle la reprenant bien, l’histoire d’un artiste qui tente d’atteindre la perfection dans ses peintures.

Bleu falaise :

Dans cette nouvelle la perception des couleurs, du bleu surtout, est au centre de l’histoire. Ce peintre cherchant un but à sa nouvelle vie après son exil de son pays se recrée un paradis en la personne de sa femme. Cependant, un matin, l’aube diffère…

L’horreur s’insinue progressivement dans le récit là où on s’y attend le moins. La différence entre les personnes forme un précipice d’inconnu d’où nous plongeons, impuissant jusqu’à la fin. Nous sentons d’un côté le poète, désabusé, qui semble planer loin au-dessus de la foule, si idiote qu’elle en devient satirique. De plus en plus de textes sortent sur la bêtise humaine, de plus en plus sont faites, de plus en plus de belles choses sont détruites. Le message est que, où que nous soyons, quoi que nous tentions de fuir, la destruction que les hommes sèment sur notre passage nous rattrapera toujours, que l’on soit un artiste chassé par la dictature, une avocate humaniste aux soucis des autres, les gagnants serons toujours les plus stupides et restreints, les plus nombreux, les plus dangereux.

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La montre d’Héloïse

Une histoire courte sur un autre couple vivant dans une solitude étrange lorsque le temps se dérègle et que tout le monde se met à vivre à un rythme différent. Placée en transition entre les deux nouvelles, elle reprend plus au pied de la lettre le résumé du livre. J’ai trouvé ça assez intéressant pour notre monde actuel qui ne vie que dans leur cadre sans trouver le moyen de se comprendre entre eux, de communiquer avec les autres. Cette fois cette transition en réalité et irréalisme se fait calmement par la rencontre entre deux personnes et non par son rejet et la violence de la précédente nouvelle. Elle ne manque pas de sensualité, en un sens.

Mémoire d’une page blanche

Pour un livre dédié à Levy, il était attendu que le thème de la Seconde Guerre mondiale soit appréhendé. La localisation de l’histoire nous montre une vision différente de ce conflit, puisque les protagonistes sont issus d’une famille viennoise qui, malgré des opinions tout à fait lointaines de la religion juive en a néanmoins les origines. Pour le personnage du philosophe, mourant dans la misère, qui voulait voir l’avenir de façon optimiste et prônant des idées contraires à celles que le régime instaurera, se retrouver dans un camp face à la vulgarité humaine dans son apogée est une désillusion totale.

Une histoire de famille, peut-être trop exubérante, faisant face à la guerre, au déchirement et à l’incompréhension. Il s’agit aussi d’une vision de l’après-guerre, qu’a connu et dénoncé Primo Levy à son retour d’Auschwitz quand, au moment de rentre chez soit tout à changé, que personne n’est là pour reconnaître, soutenir, les rescapés. Là, le sujet reste l’incommunicabilité et le désenchantement, qui nous poursuit toujours à notre époque. Oui, ce livre n’est pas très réjouissant…

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Épilogue : Le sarcophage

Ce dernier texte est assez triste, puisqu’il parle d’un homme dans le coma qui se retrouve dans l’incompétence de communiquer avec l’extérieur. Il conclut nostalgiquement cette oeuvre, se passant de notes explicatives ou quoi que ce soit d’autre. Ces trois personnages qu’on dirait maladifs à la fin de leurs existences vivent leurs derniers instants dans une sorte de regret qui fait réfléchir. J’en viens à présent aux derniers de ce livre :

L’air est chargé d’un parfum d’arc-en-ciel. C’est ainsi qu’il appelle cette odeur indéfinissable qu’on perçoit après chaque tempête. Parce que le bleu de la falaise, et toutes les couleurs et toutes les senteurs avec lui, semble soudain réintégrer l’espace, pousser plus loin que le ciel de plomb. (…)

L’obscurité règne encore, mais l’aube va bientôt poindre sur les îles Ménestrel. Il aime cet instant. C’est l’heure où les couleurs émergent progressivement de leur chrysalide, où les éléments solides reprennent forme en se dissociant peu à peu de la nuit qui les noie.

Bleu falaise.

 

Références et citations :

Primo Levi
http://fr.wikipedia.org/wiki/Primo_Levi

Marcel Arland

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Arland

Citations d’artistes et auteurs : Picasso et Paul Klee, Rimbaud (le bateau ivre), Saint Augustin (confessions), Baudelaire (l’horloge), Ardono, Zwzeig (dans la neige), Artaud.

Quelques critiques intéressantes :

les embuscades d’Alcapone

zal-gosse

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D’autres critiques critiquées de Poulpy vous attendent!

Venez nombreux et sans méchamment juger ^_^’

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