Rouge Alice By Poulpy

Les nouvelles s’envolent dans ma boite aux lettres ! Plouf plouf…

 

Rouge Alice

et autres faits divers

par Sylvie Huguet

 

Aux éditions de la Clef d’Argent

La nouvelle chronique de votre bien aimé poulpe nain, qui aime son travail, comme tous les nains !

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 Rouge Alice est une excellente nouvelle, emplie d’une féminité propre à l’auteur qui tient au coeur. C’est ma première lecture de Sylvie Huguet et j’aime déjà son style. Style qui fait défaut chez mes écrivains favoris qui est le sujet que j’admire : l’Homme, cette fois la femme, face à la Nature. On sent un message écologique qui, sans pour autant être au centre de l’oeuvre, ne répète pas les acquis et ne se veut en aucun cas moralisatrice, quand cette femme, Alice, se fond dans la forêt, dans la sauvagerie pure et inconditionnelle des loups, comme un retour aux origines. C’est un texte très intimiste d’un certain côté, mieux encore, actuel (ça manque dans nos librairies n’est-ce pas ?). Tout, du texte à la couverture épuré est vivifiant, donnant envie de se fondre dans la terre, loin du carcan de la ville, du goudron, de la foule et du bruit, de la pollution ambiante.

Sylvie Huget est une auteure de nouvelles très prolifique et ces oeuvres portent quasiment toutes vers la nature, dont on sent son profond respect. Ses descriptions de la faune et de la flore nous conduisent littéralement au coeur des bois où croie une relation secrète entre la bête et l’humain, plus proche l’un de l’autre qu’on ne le pense. D’un côté, nous avons l’héroïne, détachée de la société et à fond dans sa passion pour les loups qui peu à peu s’animalise, sans regret ni questionnement. Elle finira par jouir d’une liberté et d’un détachement (ainsi qu’une intelligence visible dans ses récits) faisant l’envie d’un autre protagoniste, un homme qu’elle laissera s’attacher à elle durant son émancipation et qui n’attire aucune sympathie. Lui montre une autre facette de l’humanité, bien répandu, il est un digne représentant de notre race. Possessif, il tente d’arracher ce qui lui manque aux autres, ici il s’agit de sentiments, car dans sa dépendance affective il n’hésite pas à porter préjudice à Alice. Cette même dépendance est propre à sa grand-mère, bornée et tellement étroite d’esprit qu’elles forment deux opposés entre elles. Elle est la définition même de l’interdiction, si affolée par l’extérieur et tout ce qui la dépasse qu’elle s’en rendra malade, la première à se plaindre et à crier au loup, dont la mort créera l’élément déclencheur. Et puis il y a le loup. Ou plutôt la bête qui, dans les Vosges où se déroule l’action, dévore les troupeaux et alarme le public. Cette bête, personnification de l’inconnu, fascinant ou apeurant, est l’intrigue. Quant à connaître la conclusion de cette « affaire », qu’elle soit fantastique ou logique, il n’y a qu’un pas, une barrière que franchira Rouge Alice tel le chaperon du conte, débarrassé des carcans humains.

Une nouvelle composée de coupures de presse, de récits de divers points de vue, d’un journal, puis d’une lettre contant l’aventure d’Alice, venant de finir ses études, retournant dans ce qu’elle ne considère pas comme son foyer, vers sa grand-mère, portée par l’obligation si chère au courant de la vie en Société, vie si emplie de vices, de conflits et de maladies, si pesante pour le moral, qu’elle fuira, non pas par faiblesse, dans les plaines non hostiles, mais calmes de l’arctique, pour vivre de sa vocation. Avant cela, une dispute avec sa tutrice au sujet des fonds de l’expédition résonne dans la maison et au matin on retrouve la vieille, morte, dans de curieuses circonstances. On sent que l’auteure n’a pas toujours entretenu de bons rapports avec quelque entourage (ce qui n’est pas rare tant nous nous marchons dessus, et le développement de l’histoire, basée sur les décisions des personnages), a tout d’un conte actuel. Peut-être, vient-il du vécu de cette personne, remis au goût du jour, et développé : l’original étant paru dans La Geste en 1995.

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Depuis 1983, Sylvie Huguet a publié près de cent cinquante nouvelles — souvent d’inspiration fantastique — dans une vingtaine de revues dont: Brèves, Nyx, Taille Réelle, Nouvelles Nouvelles, Nouvelle Donne, Solaris, Les Cahiers du Ru, Sol’ Air, L’Encrier Renversé, Encres Vagabondes, Salmigondis, Rimbaud Revue. Sylvie Huguet est membre du comité de lecture et de rédaction de la revue Encres Vagabondes : http://clefargent.free.fr/huguet.php

 

encres vagabondes

 

Chacune des nouvelles suivantes ont été éditées dans de plus anciens recueils et magasines, entre 92 et 2010 et forment une forme de mémorial à la mémoire de nos victimes :

Le renard bleu

Quelques pages de douce cruauté. Une nouvelle fantastique où le doute n’est plus permis sur son caractère surnaturel. Il s’agit ici d’une dénonciation sur la traite des animaux pour leurs fourrures, face au nombrilisme des Hommes ne se souciant qu’à leur propre sort, trop occupés à satisfaire leur égo et à se complaire de leur image de marque. La douleur et la terreur de la bête, et le dégout que l’on éprouve à la lecture sont opposés à la douceur, à la luxure et au « je-m’en-foutisme » de la Haute, de la violence gratuite qu’inflige notre espèce aux autres habitants de cette planète.

Le dossier Mordret

Quelques pages de déjà vu. Cette nouvelle n’est pas sans rappeler Rouge Alice : les personnages sont à peu près les mêmes, quoique masculinisés, seul le dénouement diffère. Le message est aussi identique, on comprend qu’un développement s’imposait en une sorte de mix entre les deux textes originaux. Ici pas de fantastique, mais seulement de l’inexplicable. Elle est retranscrite sous la forme d’une lettre à un éditeur, procédé qui ne permet pas une identification aux personnages, accentué par le point de vue extérieur du protagoniste. Elle aurait eu besoin d’un petit dépoussiérage et de quelques modifications pour les néophytes qui liraient l’ouvrage. Bref, elle n’apporte pas grand-chose du haut de ses quasi quatre feuilles.

La sève de Noël

 

Citation de F. Gasquel sur les mythes européens et arbres sacrés…

Quelques pages de sanglante festivité. Enfin, de païenne festivité, comme Noël l’entend bien. Il n’y a pas de surprises à sa fin, mais ce dénouement est intéressant, il comprend sa dose d’humour noir, du moins c’est une façon de voir la chose. D’un côté, nous avons le sapin qui croule sous ses décorations, en train de mourir à petit feu, comme celui de l’histoire, et de l’autre la gamine à son papa, pleine de naïveté tout comme bons personnages de contes. Encore ce même message : l’inconscience qui se joue du sort de la nature, ce coup-ci végétale, mais il n’y a pas cette impression de répétition que laisse la dernière et le choc entre les cultures évoquées est assez sympathique. À lire au coin du feu, si vous vous sentez toujours d’humeur à couper du bois.

Soeur louve

Quelques pages de mystère. Jusqu’à maintenant je n’ai évoqué que le côté bestial, mot très inadapté je vous l’accorde, de l’humain face aux animaux. Pourtant dans ce cas-là plus que dans les précédents, c’est l’aspect ignoble que peuvent faire subir certains aux autres, même de leur propre chair. Une nouvelle de loup, quand une fille violée par son père se fonde dans la fourrure de cet animal, se redonnant vie, en quelque sorte. Ce texte est très pitoyable dans le sens de ce que l’on ressent pour les victimes de cet homme. De plus, il questionne, sur les raisons de tout cela : malgré ce qu’on en dit, on se sent plus concerné par le sort d’un membre de notre espèce, surtout pendant cette lecture. Un autre exemple des malheurs qu’inflige l’Homme que l’on ne retrouve pas dans la nature où les seules lois sont immuables.

Éveil

Quelques pages oniriques. C’est de plus en plus difficile d’apprécier un volume qui mêle violence gratuite et douceur. Plus on arrive à la fin, plus on se rend compte de l’absurdité de notre société et plus on a envie de s’échapper dans quelque chose de plus « serein » comme finissent par le faire tout ces hérauts tragiques, non-porteurs de hauts faits, mais des personnes comme vous et moi qui expirent dans des circonstances terribles. Placée pas loin de la fin, cette histoire d’un homme se faisant tabasser pour des raisons inaccessibles à ma compréhension commençait plutôt joliment… Cette fois, cela passe dans un registre de fantasy, avec des créatures merveilleuses et un décor paradisiaque que l’on aurait envie de rejoindre à notre tour.

Clair d’Étoiles

Quelques pages de féérie. De nouvelles et belles descriptions, cette histoire est bien dans le style des deux dernières et clôture ce livre avec ces mêmes idées, ces mêmes oppositions, et ce même ressentit, sans pour autant être aussi barbare que ces deux précédentes cousines. Les fauves du début ont laissé place à une autre créature merveilleuse, dans un autre monde, un univers intime qui nous fait envisager notre fin non plus comme une peur, mais comme un soulagement et une paix. Ça se termine tristement, loin de Rouge Alice…

Route des Crêtes

Sans trop tenir en haleine et pourtant très accrocheur, on se laisse facilement transporter… Toutefois, on peut rester sur sa faim, j’aurais aimé en voir plus après les minis nouvelles, qui forment une des spécialités de notre chère Clef. C’est un achat que je vous conseille et qui vous fera peut-être revoir votre définition du terme humanitaire.

(…) Le XXe siècle a vu se propager un nombre inimaginable de violences, plus qu’il n’y en a jamais eu auparavant. Et, en ce début de siècle, cette sauvagerie meurtrière adopte de nouvelles formes dont la force est inégalée. Ce chaos ne vient pas d’une absence connaissances techniques, ou bien de conditions matérielles défaillantes. Il provient d’un mental indiscipliné.

 

(…) Ces tristes réalités résultent d’un manque d’attention et d’affection. Si l’humanité avait renforcé le sens de chérir les autres, les hommes ne seraient pas les seuls à être plus heureux, une multitude d’animaux, dont le malheur nous affecte, le seraient aussi. Pour accroître le sentiment d’altruisme, notre motivation à surveiller les conséquences de nos actes, aujourd’hui comme demain, doit être renforcée. (…)

 

Sa sainteté de Dalaï-Lama, Cheminer vers l’éveil (Points).

 

Envie de vous procurer le livre ? http://clefargent.free.fr/rougealice.php

Si vous voulez un peu plus de lecture : les enfants sauvages

 

«La Bête était devant moi et sa beauté me frappait au coeur. Dans l’instant, j’oubliai le sang répandu, le cheval dévoré vif. C’était un mâle de très grande taille, au moins soixante-dix kilos; une musculature puissante, une mâchoire à me broyer la cuisse, mais je ne pensais plus au danger; la fourrure blanche et soyeuse révélait le loup arctique.»


L’homme est cruel. Cruel envers lui-même, cruel envers les animaux, cruel envers ceux qui tentent de les aimer pour ce qu’ils sont et de les respecter. D’une cruauté viscérale, imbécile, insatiable. Certains, parfois, tentent de prendre un autre chemin. À leurs dépens. Dans ces sept nouvelles où le fantastique se mêle souvent au merveilleux, les victimes de cette cruauté trouvent pourtant, à leur manière, une échappatoire à cet enfer: dans le rêve, souvent; dans la mort, parfois, mais toujours pour mieux renaître à une vie enfin digne d’être vécue.

 

Sylvie Huguet a publié près de cent cinquante nouvelles — souvent d’inspiration fantastique — dans de nombreuses revues dont Brèves, le Codex Atlanticus, Nouvelle Donne, Salmigondis ou Solaris. Rouge Alice est son septième recueil. On y retrouve ses thèmes de prédilection: les relations de l’homme avec la nature, l’éthique, la violence.

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Couverture et images ci-dessous : Emmanuelle Hüe

Son blog : atelier de rêve

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