Sélection de BD by Al Capone

Salut à tous les nains et toutes les naines, aujourd’hui notre partenaire Alcapone des embuscades littéraires d’Alcapone nous propose sa première sélection de BD pour notre site. Je vous la livre telle que notre ami la faite. Enjoy mes bons nains.

Le récit-reportage : nouveau genre de la BD ?

Souvent boudé par les puristes et relégué dans la catégorie de la littérature jeunesse, la BD prend depuis maintenant quelques temps un tour nouveau : avec l’apparition de nouveaux genres comme le roman graphique ou la BD reportage (popularisation dans les années 1980 en Europe), la BD connaît un regain d’intérêt qui la place naturellement au rang des grands genres littéraires. En termes d’offre culturelle, ne la considère t-on pas comme étant le 9e art ? Lorsque l’on pense à bande-dessinée, c’est vrai que cela renvoie souvent à Tintin, Astérix, aux comics ou aux mangas. Mais la BD ne se réduit plus à ces grands classiques si l’on se réfère à l’offre de plus en plus diversifiée, prolifique et de qualité proposée aujourd’hui. Le 9e Art est à proprement parler une discipline noble qui nécessite l’alliance de divers métiers : dessinateur, scénariste, coloriste, documentaliste, maquettiste, lettriste, traducteur… autant de compétences réunies au service d’une œuvre de création qui mérite tout notre intérêt…

Le récit-reportage BD : nouveau relais du devoir de mémoire ?

Parce que j’accorde beaucoup d’importance à l’histoire avec un petit « h », parce les témoignages des opprimés par les régimes liberticides donnent à entendre un son de cloche parfois différent de l’Histoire officielle (qui nourrit une réflexion plus exhaustive des événements du passé), parce que le devoir de mémoire est pour moi un travail collectif essentiel, j’ai souhaité vous partager le précieux témoignage de quelques victimes de la déshumanisation des régimes totalitaires rapportés sous le regard des bédéistes. Vous constaterez mon intérêt pour des sujets pas forcément drôles ou divertissants mais comme vous le savez tous, il en va des intérêts de lecture comme de modes. Ce qui m’interpelle donc en ce moment touche à des sujets graves, qui peut-être liés à mon goût pour le morbide ou le sensationnel (je ne sais pas trop), donnent avant tout à réfléchir. Et parce que j’ai envie de partager cet intérêt et de susciter vos réactions, j’ai choisi de placer cette première sélection pour la Taverne du Nain Bavard sous le thème des régimes liberticides. Vous le verrez, cette sélection reprend de grands classiques du genre mais l’idée est d’abord motivée par un regroupement raisonné autour de thèmes qui me tiennent à cœur mais aussi de traitements graphiques que je trouve remarquables (indépendamment du fait que j’aime ou non). Aussi, cette sélection couvre les thèmes de la démocrature soviétique, l’horreur des Konzentrazionslager nazis et l’enfer du Stalag retranscrit par les traitements graphiques d’Art Spiegelman, d’Igort et de Jacques Tardi. J’espère que vous apprécierez cette démarche et bien sûr, cette première sélection. Toutes réactions, corrections et objections constructives seront les bienvenues, l’idée de départ étant évidemment de stimuler des discussions sur La Taverne ou sur Les Embuscades

Moi René Tardi, Prisonnier de guerre au Stalag II B – Jacques Tardi

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Lire Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B sans penser au célèbre Maus d’Art Spiegelman est impossible. Tout comme Art Spiegelman, Jacques Tardi a recueilli le témoignage de son père et a mis en images ses souvenirs de la seconde guerre mondiale. L’un (René Tardi) a été prisonnier de guerre et l’autre (Vladek Spiegelman) interné en camp de concentration. De ces deux figures paternelles aux traumatismes indélébiles, il restait les souvenirs. Et un fils pour les faire connaître au public. Inspiré des cahiers et croquis de son père, Jacques Tardi, en témoin bavard, accompagne René Tardi de bulle en bulle tout au long de son récit. C’est suite à l’échec d’une mission que René Tardi est déporté dans un des Stalags allemands de Poméranie. Les conditions de vie bien que déjà désastreuses à son arrivée, se détériorent avec la montée en puissance du régime nazi. La faim, le froid, les parasites et les maladies emportent les plus faibles. Une lutte amère pour la survie s’engage. Et les prisonniers ont beau s’habituer à tout, il est une chose qui anéantit même les plus forts : la faim. Comme si la faim était l’attribut par excellence des prisonniers. Seuls les plus acharnés et surtout les plus malins réussiront à tenir jusqu’à la défaite du régime nazi. En tout, ce sont 5 ans de sa vie que René Tardi aura sacrifié au Stalag II B. Après des années, sa haine contre les SS mais aussi sa colère contre l’absurdité de la guerre l’habitaient encore. Les dialogues entre père et fils qui ponctuent la bande-dessinée, révèlent sans surprise un homme au caractère endurci, aigri…

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Maus. Un survivant raconte – Art Spiegelman

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Maus. Un survivant raconte d’Art Spiegelman raconte la vie de Vladek Spiegelman, rescapé juif des camps nazis polonais durant la seconde guerre mondiale et de son fils auteur de bande-dessinée. Artie enquête auprès de son père pour comprendre les raisons du suicide de sa mère. Mais au fur et à mesure de ses questions, il découvre un passé lourd d’épreuves. Biographie ou fiction, il est difficile de démêler la réalité de la fiction. Toujours est-il que cette histoire emprunte clairement à la biographie des Spiegelman père et fils. La vision de la Shoah exposée dans cette BD est d’ailleurs originale : nous sommes loin du témoignage de certains livres dont le devoir de mémoire était le principal objectif (évidemment le premier titre qui vient spontanément à l’esprit est Si c’était un homme de Primo Levi). Au travers cette BD, Spiegelman règle à sa façon, des comptes avec ce père qu’il admire et déteste à la fois…

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Maus. Et c’est là que mes ennuis ont commencé – Art Siegelman

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Dans ce second, tome, Artie continue pour documenter son travail, d’interroger son père. Comme dans Maus. Mon père saigne l’histoire, le récit se déroule dans un double cadre temporel : 1975-1980 pour les entretiens d’Artie et son père, et les années 1940 pour les souvenirs de Vladek. L’histoire reprend donc au moment de la déportation de Vladek à Auschwitz. Alors qu’ils pensaient être à l’abri, Vladek et sa femme Anja, sont trahis par le neveu de Mandelbaum, qui sous la contrainte, leur a conseillé de rejoindre la Hongrie. Commence alors pour chacun des époux, un véritable plongeon dans l’enfer de l’Holocauste… Si Vladek a survécu aux camps de concentration, Artie se demande parfois au regard du traumatisme subi, s’il n’aurait pas mieux valu que Vladek meure. Le sentiment de culpabilité qui l’accable le pousse pourtant à finir sa bande-dessinée. Encore une fois, l’hommage rendu est poignant…

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Les cahiers ukrainiens – Igort

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Bien que la responsabilité des autorités soviétiques dans la terrible famine qui frappa l’Ukraine dans les années 1932-1933 soit aujourd’hui publiquement reconnue, les avis des historiens divergent encore sur la reconnaissance de l’Holodomor (en ukrainien : голодомо́р, littéralement « extermination par la faim ») comme génocide. Quelque soit l’issue du débat, il ne fait pas de doute que l’Holodomor est un crime contre l’humanité. Résultat d’une « exploration sur le terrain pour comprendre ce qu’a été et comment a été vécu le rêve communiste de la Révolution à nos jours » (extrait tiré de la notice du livre sur Futuropolis), Les Cahiers Ukrainiens exposent quelques Mémoires du temps de l’URSS. C’est lors de ses divers séjours en Ukraine, Russie et Sibérie, qu’Igort, attaché à l’étude de la mémoire et du mythe, entreprend l’illustration de son dyptique dédié à ces quelques voix oubliées d’Ukraine (tome 1) et de Tchétchénie (tome 2). Ainsi qu’il le confie encore à l’éditeur : « Ce qui m’a intéressé, c’est que les histoires venaient à ma rencontre. Il me suffisait d’être à l’écoute. J’ai commencé à rencontrer des gens et à enregistrer ou filmer leurs témoignages, l’histoire de leur vie. Puis, étant donné que certains faits étaient couverts par le secret ou peu connus, je me suis mis à les étudier. Mais ce sont bien les témoignages recueillis que je dessine. » Les histoires rapportées par Igort parlent d’elles-mêmes : entre quelques planches thématiques traitant des « Koulaks », de la « Litanie bolchévique assassine » (pratique répandue du cannibalisme pendant la famine) ou du rôle de l’OGPU, les destins tragiques de Serafima Andreïevna, Nikolaï Vassilievitch, Maria Ivanovna et Nikolaï Ivanovitch ébranlent sérieusement la légitimité et le bien-fondé de la politique soviétique de l’époque et accusent les horribles souffrances et traumatismes encore subis aujourd’hui par les tristes « héros » d’Igort…

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Les cahiers russes – Igort

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La Démocrature (ou dictocratie), mot-valise composé à partir de démocratie et dictature, est un terme bien trouvé pour décrire le régime politique de Poutine. Journaliste pour la Novaïa GazetaAnna Politkovskaïa, fervente militante des droits de l’homme, est morte assassinée le 7 octobre 2006 à l’âge de 48 ans pour avoir exercé sa liberté d’expression. Particulièrement obsédée par la cause tchétchène, la journaliste risque sa vie pour lever le tabou sur la question. Son combat a pour but de soutenir « des gens qui ont connu des choses de la vie que la plupart des gens ne connaîtront jamais. » (Novaïa Gazeta, 29 octobre 2001 – p.13). Pour ce deuxième tome de son dyptique sur les pays de l’ex-URSS, Igort part cette fois-ci sur les traces de la téméraire journaliste. Après s’être intéressé aux mémoires du temps de l’URSS (Les Cahiers ukrainiens), Igort se penche cette fois-ci sur la guerre oubliée du Caucase en allant à la rencontre de quelques témoins des guerres de Tchétchénie (cf. les récits de Moussa et de la mère de Toupal). Aidé de Galya Ackerman (traductrice française d’Anna Politkovskaïa) dans ses investigations, Igort revient sur l’assassinat de journalistes (dont celui d’Anna Politkovskaïa), la crise du théâtre de Doubrovka (23-16 octobre 2002), la Zatchistka, la tragédie de Beslan (1er et 3 octobre 2004), le rôle de l’OGPU au début des années 1930 et les origines du conflit tchétchène (qui remontent à 1785). Puisant également ses récits dans des sources diverses (souvenirs de Galya Ackerman, archives du forum des vétérans de Tchétchénie, dépositions, informations de la Novaïa Gazeta, etc.), Igort relaie à sa façon les investigations journalistiques d’Anna Politkovskaïa et rappelle à la mémoire de la guerre oubliée du Caucase…

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